Cyber-harcèlement, comment protéger nos enfants ?

Cyber-harcèlement, comment protéger nos enfants ?

Par leur maîtrise intuitive d'Internet ou d'un smartphone, nos enfants peuvent nous apparaître comme des «Mozart des nouvelles technologies». Ils restent pourtant des enfants que nous devons protéger face aux risques du cyber-harcèlement. Quelles sont ces menaces et surtout comment en parler avant qu'elles ne surviennent ?

18 % des collégiens déclarent avoir été insultés

Nos enfants se familiarisent de plus en plus tôt avec Internet. Les premiers pas sur la toile se font en moyenne à 9 ans(1). Les motivations sont variées : regarder un dessin animé, effectuer des recherches pour un exposé, évaluer ses connaissances avec des exercices en ligne... Et puis, progressivement, arrivent d'autres outils (téléphone portable, tablette personnelle, ...), avec d'autres usages (les messageries instantanées, les réseaux sociaux, les sites de partage de photographies...). L'utilisation excessive peut devenir problématique et, surtout, l'écran peut devenir source d'agressions : insultes, menaces, détournement ou exploitation d'images personnelles... le cyber-harcèlement.

En 2013, 18 % des collégiens déclarent avoir été insultés, humiliés ou victimes d'actions dévalorisantes (surnoms, photos ou films « méchants ») par Internet ou par téléphone portable ; 5 % des élèves déclarent même des violences faites via les nouvelles technologies, pouvant s'apparenter à du « cyber-harcèlement »(2). En tant que parents, nous avons un rôle à jouer.

N'abandonnons pas Internet à nos enfants

L'aisance de nos enfants avec les nouvelles technologies ne doit pas minorer notre responsabilité de parents. S'ils maîtrisent la technicité des nouveaux media, nos enfants en méconnaissent les règles de fonctionnement et sous-estiment les dangers auxquels ils s'exposent. Et c'est à nous, parents, qu'échoient la responsabilité et la nécessité d'en parler. Avec des mots simples, des conseils pratiques. Et beaucoup de bon sens aussi.

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Pas de peur excessive

Des règles d'usage doivent donc être posées très tôt

Tous les 20 ans, apparaît une nouvelle préoccupation pour la jeunesse : le rock dans les années 60-70, la télévision dans les années 80-90 puis Internet dernièrement !! La censure n'a jamais empêché d'écouter des groupes de rock, de regarder des images de guerre ou des émissions de télé-réalité. Il en est de même pour Internet. Ce n'est pas en interdisant à nos enfants de se connecter que nous les protégerons. Ce n'est pas en dramatisant l'usage du web que nous sensibiliserons nos enfants. Pire, nous leur apparaîtrons comme des adultes démodés, «doublement déconnectés», de la vie et de leur vie. A contrario, la permissivité totale est tout autant absurde et dangereuse.

Des règles d'usage doivent donc être posées très tôt : nombre d'heures autorisées par semaine ou par jour selon les âges, conditions d'utilisation, contrôle parental physique ou technologique...

Les mêmes conseils que dans la vraie vie

C'est pareil sur écran : on n'entre pas en dialogue avec un inconnu

Les enfants ont souvent tendance à considérer qu'Internet est un monde à part. Avec des exemples simples, nous devons leur rappeler que c'est une erreur de penser ainsi. Nous répétons souvent à nos enfants : «Ne réponds pas à un inconnu dans la rue». C'est pareil sur écran : on n'entre pas en dialogue avec un inconnu.
Dans la vraie vie, on ne livre pas tous ses secrets aux yeux de tous. Sur Internet, on ne partage pas ses photos personnelles avec tout le monde. Quand on a un compte Facebook, par exemple, ce qui est possible dès 13 ans, il faut réduire la visibilité de son compte à ses «amis uniquement». Quand on a un compte Skype, on limite la visibilité de sa photo à sa liste de contacts.
Dans la vraie vie, nous pouvons écrire un journal intime et, par nature, tout le monde n'a pas connaissance de nos humeurs, de nos envies, de nos chagrins... Sur Internet, c'est pareil. On ne déverse pas ses colères, ses amours ou ses déceptions au vu de tous.
Dans la vraie vie, nous rappelons à nos enfants la politesse qu'ils doivent aux autres. Sur Internet, rien de différent. On n'agresse pas ou on n'insulte pas une personne familière ou inconnue.

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Des recommandations adaptées à chaque âge

Les filles sont 3 fois plus nombreuses à être harcelées sur Internet que les garçons

Le cyber-harcèlement change de nature en fonction des âges, mais il est plus fréquent chez les filles que chez les garçons. Une étude menée en 2011, à travers 25 pays d'Europe auprès d'enfants âgés entre 9 et 16 ans, nous apprend que les filles sont 3 fois plus nombreuses à être harcelées sur Internet que les garçons (3).
Pour les plus jeunes, 9-12 ans, il est important de leur rappeler les précautions à prendre pour préserver leur intimité, mais aussi de ne communiquer qu'avec leurs amis et de rapporter toute situation d'exclusion ou d'insulte qu'ils pourraient subir.
Pour les 12-14 ans qui constituent une population très exposée, il faut prendre le temps de leur parler de «flaming» (insultes personnelles qui se propagent sur les réseaux sociaux et messageries instantanées) et de «harassment» (assauts critiques et de dénigrement permanents). Il faut aussi les sensibiliser aux possibilités d'usurpation de leur identité (compte sur un réseau social ou mail personnel) et à la possibilité de porter plainte contre une tierce personne.
Pour les 15-18 ans, de nouveaux dangers plus intimes apparaissent : circulation d'images personnelles, réelles ou transformées, divulgation d'informations confidentielles («outing»), diffusion de photographies ou de messages à caractère sexuel («sexting»).
Quel que soit son âge, l'enfant éprouve toujours un sentiment de honte lorsqu'il doit partager avec ses parents cette réalité de victime cyber-harcelée. Il se sent insulté, méprisé, sali et en faire état lui est douloureux. Prendre le temps d'évoquer tous ces dangers très en amont facilite la confidence parce qu'un climat de confiance et de connaissances partagées autour de ces sujets s'est instauré.

Rappeler à nos enfants que la loi les protège

Même si beaucoup d'initiatives sur Internet se propagent sous des profils anonymes, les moyens mis en œuvre par les informaticiens et les enquêteurs permettent d'identifier quasiment systématiquement l'émetteur de messages injurieux ou diffamants. La loi prévoit des sanctions graduées et sévères en fonction de la nature du cyber-harcèlement et de l'âge de la victime. L'objectif : protéger la victime et faire cesser la situation.
Cependant, attention à ne pas donner trop de détails aux enfants sur la nature de ces sanctions; cela pourrait leur sembler disproportionné, dans un sens ou dans un autre, et pourrait subitement les freiner dans leur envie de se confier. L'évocation de la loi doit être faite pour leur rappeler que le cyber-harcèlement n'est pas un acte anodin. En effet, les parents d'un enfant peuvent être condamnés à payer des amendes.

N'oubliez pas qu'en cas de cyber-harcèlement, des lignes d'appel gratuites existent.

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Liens utiles

Sources

(1) Internet Sans Crainte
(2) DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance), Note d'information n°39, novembre 2014
(3) Le Monde du 5 février 2014.

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Présentation programme pHARE :

Initié par le Ministère de l'Education Nationale, pHARe est un plan de prévention de lutte contre le harcèlement à destination des écoles et des collèges. Ce programme est fondé autour de 8 piliers pour mesurer le climat scolaire, éduquer, former des communautés protectrices et engagées (personnels et élèves-ambassadeurs), intervenir efficacement, associer les parents et les partenaires, mobiliser les instances, suivre les actions et mettre à disposition une plateforme dédiée aux ressources.

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