Burn-out parental : savoir le détecter pour l'éviter ou le guérir

Burn-out parental : savoir le détecter pour l'éviter ou le guérir

Le baby blues, on connaît. Le burn-out professionnel, on nous en parle régulièrement et, depuis quelque temps, nous nous familiarisons aussi avec son négatif : le bore-out (l'épuisement par l'ennui au travail). Mais, au cours des dernières années, un voile se lève sur le burn-out parental, un épuisement extrême qui touche davantage les mamans que les papas. Une situation d'autant plus mal vécue par celles et ceux qui en sont victimes que leur entourage peut non seulement mal les comprendre mais surtout mal les juger. Voici quelques conseils utiles pour le détecter, l'appréhender puis se soigner...

Quand le burn-out survient...

"Avec deux enfants, tout est devenu plus compliqué : faire les courses, donner le bain, aller chez le médecin, faire le ménage. Les factures se sont accumulées. Myriam s'est assombrie. Elle s'est mise à détester les sorties au parc. (...) Elle ressentait chaque jour un peu plus le besoin de marcher seule et avait envie de hurler comme une folle dans la rue. "Ils me dévorent vivante", se disait-elle parfois."

Par ces quelques lignes extraites de son roman "Chanson Douce" (1), Leïla SLIMANI raconte le désarroi de sa jeune héroïne après l'arrivée de son deuxième enfant. Si elle n'emploie pas l'expression de burn-out parental, la description qu'elle en fait correspond pourtant assez justement à cet état d'épuisement méconnu et, souvent, mal interprété.

Le burn-out parental est à la fois un épuisement et un désenchantement. Un épuisement parce que l'arrivée d'un enfant, qu'il s'agisse du premier ou du troisième, peut rapidement tarir vos ressources physiques et/ou mentales. Un désenchantement aussi parce que l'exigence qu'ont les parents pour eux-mêmes se trouve désavouée. On se rêve comme parent modèle et, subitement, le burn-out parental vous renvoie une image de vous dévaluée, dégradée.

A la différence du baby blues, le burn-out parental n'est pas nécessairement corrélé aux premières semaines qui suivent un accouchement. Il peut survenir quelques mois voire dans certains cas, une année plus tard.

Les signes annonciateurs du burn-out

Outre une grande fatigue physique et des troubles fréquents du sommeil qui aboutissent à des réveils de plus en plus difficiles, un signe d'alerte doit être repéré : la contradiction des sentiments et des actes.
Souvent les parents victimes de burn-out parental forment à leur endroit une grande exigence. Si certaines familles rêvent "d'enfant parfait", ces parents se rêvent en "parents parfaits". Ils ont réfléchi au mode éducatif qu'ils veulent donner et, plus encore, aux principes qu'ils doivent adopter pour éduquer idéalement leur(s) enfant(s).
Le burn-out commence à surgir lorsque le parent agit à contre-sens de ses principes, qu'il le constate et qu'il n'arrive plus à être cohérent avec lui-même et sa haute idée de l'éducation. Alors qu'il prônait le calme, il multiplie les colères. Alors qu'il se projetait patient, le moindre pleur l'agresse, le moindre bruit lui est insupportable. Alors qu'il s'envisageait parent prévenant, il ressent de façon plus ou moins passagère un profond désintéressement pour son enfant. Alors qu'il se voulait chaleureux, il devient irritable, critique, voire colérique. Alors qu'il se voulait attentif aux autres, il éprouve le sentiment d'être incompris et ressasse régulièrement son mal-être. Avec son conjoint, il peut même finir par considérer toute relation avec lui comme une corvée trop lourde. Avec ses amis, il se tient à distance, évitant tout contact, préférant se recroqueviller sur lui-même.

Le burn-out parental se soigne et c'est nécessaire

Si le burn-out est mal pris en compte, les dommages peuvent être dramatiques : maltraitance de l'enfant, dépression profonde du parent pouvant mener parfois jusqu'au suicide. En parler avec ses proches ou un professionnel, pourra vous aider à faire le point et à retrouver vos repères. Si vos difficultés sont importantes, ce pourra être l'occasion de commencer un travail psychothérapeutique.

Les façons de soigner le burn-out parental sont diverses et correspondent au tempérament de chacun et, bien évidemment, aux recommandations que votre médecin traitant pourra vous faire. Toutes ont en commun la nécessité d'avoir recours à une tierce personne pour se confier car on ne sort pas seul(e) du burn-out parental. La plupart du temps, il s'agit de thérapies brèves ne nécessitant pas forcément de médicaments : auto-hypnose, thérapie comportementale et cognitive (TCC), méditation, thérapie EMDR (2)...

Pour s'en sortir, il faut aussi que le "parent victime", décide de renoncer à tout contrôler dans la vie de sa progéniture. Cette gestion mobilise toutes nos ressources affectives et accapare nos pensées. Il nous faut accepter que le concept de "parent parfait" est une idée vaine qui sera toujours démentie par les faits. Nos enfants nous aiment avec nos forces et nos faiblesses et ils savent très bien que les super-héros n'existent pas. Alors faisons-leur confiance, aimons-les avec nos défauts et nos qualités.

L'arrivée d'un enfant est toujours un heureux événement mais également un chamboulement, les premières semaines et les premiers mois sont prenants et fatigants. C'est normal. Mais restez attentifs à vous, votre corps et vos émotions. C'est le meilleur moyen de ne pas trop tirer sur la corde et de vous ménager afin d'être le meilleur parent du monde : aimant et heureux !

Sources

(1) Prix Goncourt 2016. Paru aux éditions Gallimard.
(2) L'EMDR (Eye-Movement Desesitization and Reprocessing) ou la Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires est une méthode de traitement des états de stress post-traumatiques aux résultats très significatifs pour les victimes de traumatismes (accidents, deuils, attentats...) ou chez les vétérans de guerre.

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