Comprendre l’addiction aux jeux vidéo chez les jeunes

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À une époque où les jeux vidéo sont devenus un divertissement incontournable pour de nombreuses générations, leur impact sur le développement des plus jeunes n’est pas à négliger. Et si les conséquences d’une dépendance sont nombreuses et peuvent perturber l’équilibre des enfants et adolescents, il est également important d’en comprendre les causes.

Pour le 4ème épisode de la série vidéo « 3 minutes pour comprendre » de la MAE, Milan Hung, psychologue clinicienne et psychothérapeute, explique comment repérer les signes d’une addiction aux jeux vidéo. Elle évoque également les causes de la dépendance et comment réagir lorsque son enfant est concerné.

Main à savoir
L’essentiel à retenir
  • L’addiction aux jeux vidéo est officiellement reconnue comme un trouble par l’Organisation Mondiale de la Santé depuis 2019, sous le nom de gaming disorder.
  • Elle se caractérise par trois critères : une perte de contrôle sur le temps de jeu, une priorité accrue accordée aux jeux vidéo sur les autres activités, et une poursuite de la pratique malgré des conséquences négatives.
  • Les cas d’addiction sévère restent rares : la grande majorité des joueurs pratiquent les jeux vidéo sans développer de dépendance.
  • Les signes d’alerte incluent le désinvestissement scolaire, l’isolement social, les troubles du sommeil et les changements de comportement.
  • Face à un enfant concerné, la clé est le dialogue : stigmatiser sa pratique ou casser son matériel aggrave la situation plutôt qu’elle ne la résout.

Qu'est-ce que l'addiction aux jeux vidéo ?

Les jeux vidéo font aujourd’hui partie du quotidien de millions de jeunes en France. Pour la grande majorité d’entre eux, il s’agit d’un loisir comme un autre, source de plaisir et de lien social. Mais pour une minorité, la pratique peut évoluer vers une dépendance aux jeux vidéo qui perturbe durablement l’équilibre de vie.

Depuis 2019, l’Organisation mondiale de la santé reconnaît officiellement le gaming disorder, ou addiction au jeu vidéo, comme une pathologie à part entière dans la Classification internationale des maladies (CIM-11)*. Ce trouble se définit par trois critères cumulatifs :

  • Une perte de contrôle sur le temps de jeu
  • Une priorité accrue accordée aux jeux vidéo au détriment des autres activités de la vie quotidienne
  • Une poursuite de la pratique malgré des conséquences négatives sur la santé, la vie scolaire ou les relations familiales

Ces trois critères doivent être réunis simultanément pour que l’on puisse parler d’addiction. Le gaming disorder ne concerne qu’une part minoritaire des joueurs : la très grande majorité des jeunes qui jouent aux jeux vidéo n’est pas concernée par ce trouble.

Les questions autour de l’usage numérique des jeunes, comme celles que soulève la majorité numérique fixée à 15 ans en France, rappellent que c’est moins l’outil en lui-même qui pose problème que le contexte dans lequel il s’inscrit et l’accompagnement parental qui l’entoure.

Comment repérer les signes d'une addiction aux jeux vidéo ?

Plusieurs facteurs permettent d’évaluer si la pratique des jeux vidéo d’un enfant ou d’un adolescent devient préoccupante, notamment : la fréquence, la durée et l’intensité. Ces trois éléments doivent être réunis simultanément pour que l’on puisse parler d’addiction.

Dans les situations les plus préoccupantes, certains jeunes peuvent passer de nombreuses heures par jour à jouer, jusqu’à 8 ou 12 heures et parfois même toute la nuit, au détriment de leur vie scolaire, sociale et familiale. Mais ces cas extrêmes restent rares et souvent visibles. Ce qui l’est moins, c’est le profil de l’adolescent qui joue plusieurs heures quotidiennement, depuis des années, en ligne avec ses amis, tout en s’éloignant progressivement de sa vie de famille et de ses activités du quotidien. Une dérive insidieuse, qui s’installe sans que personne ne s’en alarme vraiment au départ.

La gestion du temps passé sur les écrans est un indicateur précieux, mais aussi un levier d’action concret. Encadrer les usages numériques de votre enfant dès le plus jeune âge, en posant par exemple des règles claires autour des écrans et enfants comme des plages horaires définies ou l’absence d’écrans le soir avant le coucher, contribue à instaurer un environnement numérique sain qui réduit significativement le risque de basculer vers un usage excessif.

Plusieurs signaux d’alerte méritent attention :

  • Abandon progressif des activités sportives, culturelles ou sociales
  • Troubles du sommeil : difficultés à s’endormir, fatigue chronique
  • Irritabilité ou anxiété lorsque le jeu est interrompu
  • Baisse des résultats scolaires et désinvestissement à l’école
  • Repli sur soi et rupture du dialogue familial

Quelles sont les causes de la dépendance aux jeux vidéo ?

Contrairement aux idées reçues, l’addiction aux jeux vidéo est rarement causée par le jeu lui-même. La question essentielle est de comprendre ce qui alimente la souffrance de l’enfant, et c’est très rarement les jeux vidéo en tant que tels.

Sur le plan neurologique, les jeux vidéo activent le système de récompense du cerveau en stimulant la production de dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir et à la motivation. Chaque victoire ou encore chaque progression dans le jeu déclenche une nouvelle décharge de cette molécule qui pousse le joueur à recommencer. Ce mécanisme, étudié par l’INSERM*, est similaire à celui observé dans d’autres formes d’addiction comportementale.

Les jeunes qui développent une dépendance au jeu vidéo rencontrent généralement d’autres difficultés dans leur vie quotidienne. Le jeu devient alors un refuge, un espace où ils retrouvent un sentiment de compétence, de récompense et de contrôle qu’ils ne trouvent pas ailleurs.

Parmi les facteurs qui favorisent le développement d’un usage problématique des jeux vidéo, on retrouve fréquemment :

  • Des difficultés familiales ou relationnelles avec les parents
  • Un isolement social ou une difficulté à s’intégrer dans un groupe
  • Du harcèlement scolaire ou des situations de mal-être à l’école
  • Une faible estime de soi ou des fragilités psychologiques préexistantes
  • Un environnement numérique peu encadré, favorisant une consommation excessive

L’addiction aux jeux vidéo partage d’ailleurs certains mécanismes avec d’autres formes de dépendance comportementale liées aux écrans. Les adolescents exposés à une addiction aux réseaux sociaux présentent des profils et des facteurs de vulnérabilité souvent similaires : recherche de récompense immédiate, besoin de validation sociale et difficulté à réguler le temps passé en ligne.

Quelles sont les conséquences sur la vie quotidienne ?

Lorsque la pratique des jeux vidéo bascule vers une addiction, les conséquences se font sentir progressivement dans tous les domaines de la vie de l’enfant ou de l’adolescent. Elles touchent à la fois la santé physique, la santé mentale et les relations sociales.

Sur le plan physique, une pratique excessive entraîne fréquemment :

  • Une sédentarité accrue et ses effets sur la santé générale
  • Des douleurs musculaires liées aux longues heures passées devant un écran
  • Des maux de tête et des troubles de la vision
  • Un isolement progressif du reste de la vie sociale et familiale

Sur le plan numérique, passer de nombreuses heures en ligne peut également augmenter l’exposition de l’enfant à des risques accrus de cyberharcèlement. Les espaces de jeux en ligne, chats intégrés et forums de gaming sont des environnements où les insultes, moqueries et comportements agressifs entre joueurs sont fréquents. Plus un enfant passe de temps connecté, plus il est exposé à ces situations : selon l’OMS/Europe*, environ un adolescent sur six a été victime de cyberharcèlement en 2022, un chiffre en hausse directement corrélé à l’augmentation du temps passé en ligne.

Sur le plan psychologique, l’addiction au jeu vidéo s’accompagne souvent d’anxiété, d’irritabilité et d’un sentiment de perte de contrôle sur sa propre vie. Ces troubles peuvent nécessiter un accompagnement spécialisé.

Comment réagir en tant que parent ?

Face à un enfant dont la pratique des jeux vidéo devient préoccupante, la première réaction à éviter est la stigmatisation. Pointer du doigt le jeu vidéo comme seul responsable, ou interdire brutalement l’accès au matériel, renforce l’isolement de l’enfant et coupe le dialogue plutôt qu’il ne le rétablit. Une interdiction brutale ou la confiscation du matériel peut parfois accentuer le conflit et compliquer le dialogue.

La démarche la plus efficace est de chercher à comprendre la pratique de votre enfant de l’intérieur : joue-t-il seul ou en ligne ? Avec qui ? À quel type de jeu ? Ces questions permettent d’identifier ce que le jeu lui apporte réellement, et d’ouvrir un dialogue à partir de là, sans jugement.

Il est également utile de s’interroger sur ce qui se passe en dehors des écrans. Une addiction aux jeux vidéo est rarement la cause première de la souffrance d’un enfant : elle en est souvent le symptôme. Comprendre les dangers des applications tendances et des environnements numériques fréquentés par votre enfant vous aidera à mieux cerner les risques auxquels il est réellement exposé au quotidien.

Quelques repères pratiques pour accompagner votre enfant :

  • Instaurer des règles claires sur le temps de jeu, négociées plutôt qu’imposées
  • Maintenir des activités physiques, sociales et familiales en dehors des écrans
  • Rester attentif aux changements de comportement sans dramatiser
  • Préserver le matériel intact pour ne pas rompre la relation de confiance
  • Consulter un professionnel de santé si les signaux d’alerte persistent

Vers qui se tourner pour une prise en charge ?

Si les signaux d’alerte persistent malgré le dialogue, il est important de ne pas rester seul face à la situation. Plusieurs interlocuteurs peuvent accompagner votre famille, selon le degré de difficulté rencontré :

  • Le médecin traitant ou le pédiatre : premier recours naturel, il évalue la situation, oriente vers un spécialiste et propose si nécessaire une prise en charge adaptée.
  • Les Maisons des adolescents : présentes dans chaque département, elles offrent un accueil gratuit et confidentiel pour les jeunes et leurs parents, sans rendez-vous ni prescription.
  • Les consultations en addictologie : disponibles dans la plupart des centres hospitaliers universitaires (CHU), elles accueillent les situations de dépendance comportementale, dont l’addiction au jeu vidéo.
  • La MILDECA* (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) : elle recense sur son site internet l’ensemble des structures de soins spécialisées accessibles en France.

Sur le plan numérique, établir des règles claires autour des usages en ligne de votre enfant est un levier de prévention essentiel. Les ressources disponibles sur la sécurité sur internet permettent aux parents de mieux comprendre les environnements numériques fréquentés par leurs enfants et d’instaurer un cadre protecteur adapté à leur âge.

Enfin, si votre enfant traverse une période difficile liée à ses usages numériques, l’assurance famille MAE peut constituer un relais précieux. En cas de mal-être psychologique lié à une situation difficile (comme du harcèlement ou un événement traumatisant), elle permet de bénéficier d’un accompagnement par un psychologue, avec plusieurs entretiens pris en charge, à distance ou en présentiel.

N.B. : Les conditions et limites sont précisées dans les conditions générales du contrat.

Sources :

  • * Organisation mondiale de la santé, Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11), 2019 — icd.who.int
  • * INSERM, Addictions comportementales et mécanismes de récompense, 2022 — inserm.fr
  • * OMS/Europe, Health Behaviour in School-aged Children (HBSC), 2024 — euro.who.int
  • Santé Publique France, Conduites addictives chez les jeunes : données épidémiologiques, 2023 — santepubliquefrance.fr
  • Haute Autorité de Santé (HAS), Repérage et prise en charge des addictions comportementales, 2023 — has-sante.fr
  • * MILDECA, Structures de soins en addictions comportementales drogues.gouv.fr
À propos de l’auteur
Image de Callum Kempster
Callum Kempster

Expert assurance

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